Nawal Ben Hamou, la Secrétaire d’État au Logement: "Un plan ambitieux, mais réaliste!"

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Après les élections régionales tenues plus tôt cette année, nous avons souhaité rencontrer notre nouvelle Secrétaire d’État bruxelloise, Mme Nawal Ben Hamou, responsable de l’Égalité des Chances, du Logement et des Cultes. Au cours de cette entrevue, nous lui avons posé des questions sur ses projets et ambitions concernant le secteur du logement social à Bruxelles.

La Déclaration de Politique Générale du Gouvernement de Bruxelles-Capitale mentionne la création d’un plan d’urgence pour la politique du logement social. Quelles mesures extraordinaires proposez-vous pour accélérer les procédures et la coopération avec les partenaires ?
La politique du logement figure dans le tout premier chapitre de la Déclaration de Politique Générale 2019-2024. C’est dire toute l’attention que souhaite porter ce nouveau Gouvernement à la politique du logement. Un axe fort de ce chapitre est donné au plan d’urgence pour une meilleure politique sociale du logement que j’entends porter durant cette législature.
Ce plan est ambitieux mais réaliste. L’objectif est d’apporter une solution concrète à 15.000 ménages en attente d’un logement social.
Cet objectif ne peut se réaliser par la seule construction de nouveaux biens. La politique forte que j’entends mener s’appuiera sur différents leviers : il s’agit non seulement de la finalisation des travaux de construction des 6.400 nouveaux logements prévus par le Plan régional du Logement et l’Alliance Habitat des gouvernements précédents mais aussi de l’activation de tous les mécanismes existants ou à créer afin de faire diminuer la liste des Bruxellois en attente d’un logement social. Je pense notamment à la rénovation de logements sociaux, à une « socialisation » plus accrue du parc locatif existant ou à l’extension de l’allocation-loyer.
Je compte déposer sur la table du Gouvernement les contours de ce Plan d’urgence dès l’entame de l’année 2020, après avoir consulté l’ensemble des partenaires logements - publics et privés - actifs en Région bruxelloise.

Aujourd’hui, environ 43 000 personnes sont inscrites sur la liste pour un logement social. Trouver un logement abordable devient de plus en plus difficile dans la région de Bruxelles-Capitale. Nous constatons également qu’il est de plus en plus difficile pour la population de joindre les deux bouts. Quel rôle le logement social peut-il jouer pour augmenter l’autonomie de ces personnes ?
Le droit au logement est un droit fondamental repris à l’article 23 de la Constitution. Disposer d’un toit, c’est non seulement un droit fondamental pour garantir une dignité humaine à chacune et chacun, mais c’est aussi le premier pas indispensable pour trouver sa place la société et s’émanciper.

Quelle place accordez-vous au logement social dans la dynamique générale de la Région de Bruxelles-Capitale ?
Si la Région de Bruxelles-Capitale est une région qui produit tant de richesses, ces dernières ne bénéficient pas à tous les Bruxellois. Les inégalités sociales me sont insupportables. Le logement social permet de corriger ces inégalités, j’y suis donc fort attachée comme instrument fondamental à l’émancipation sociale.

En tant que Secrétaire d’État, vous êtes responsable du Logement, mais également de l’Égalité des Chances. Voyez-vous des ponts entre ces compétences ?
Bien entendu, et c’est une opportunité unique de pouvoir réaliser ces ponts. Lors de la recherche d’un logement, certains bruxellois sont victimes de discriminations. Face à ce phénomène, il convient de poursuivre une politique active de lutte contre les discriminations sur le marché du logement. Les nouveaux outils légaux doivent nous permettre de renforcer la lutte contre la discrimination dans l’accès au logement et seront pleinement mis en oeuvre.
Concrètement, les actions suivantes seront mises en place :

  • Il faudra assurer les moyens humains nécessaires pour augmenter le nombre de tests que les administrations peuvent effectuer par an.
  • Une campagne de communication et de sensibilisation sera lancée en 2020, associant les deux administrations sur lesquelles j’ai la tutelle : Equal.brussels et Bruxelles Logement. Les objectifs sont multiples : d’une part, participer à l’objectivation des discriminations subies par les Bruxelloises et les Bruxellois, et d’autre part, encourager les victimes de discriminations à porter plainte.
  • À l’issue du monitoring réalisé par Bruxelles Logement, la poursuite des éventuelles discriminations en la matière pourrait également faire l’objet d’une campagne de sensibilisation spécifique de sorte à accentuer le caractère dissuasif des dites sanctions. Equal.brussels sera étroitement associé à ce monitoring et aux recommandations qui en découleront.

Quelles sont les trois priorités que vous souhaitez voir réalisées dans le secteur du logement social bruxellois d’ici la fin de la législature ? Sur quoi voulez-vous mettre l’accent ?
Mettre en oeuvre le plan d’urgence pour une meilleure politique sociale du logement et apporter une solution concrète à 15.000 ménages en attente d’un logement social est LA priorité de cette législature. Cet objectif sous-tend notamment 3 priorités complémentaires qui concernent directement le secteur du logement social :

  • Finaliser la construction des 6.400 logements prévus par le Plan régional du Logement et l’Alliance Habitat des gouvernements précédents,
  • Remettre en état locatif les logements sociaux existants en veillant à éliminer les obstacles et à raccourcir les délais de réalisation,
  • Réaffirmer et faire appliquer l’objectif des 15 % de logements à finalité sociale dans l’ensemble des communes bruxelloises, notamment par le biais d’une « socialisation » du parc locatif public.